Textes

Des poèmes de Franco Arminio rencontrés à la Biennale de Venise au pavillon italien en 2024 m'ont inspiré plusieurs tableaux

Il faut avoir le courage d'être fragile

Nous devons avoir le courage d’être fragiles,
et peu importe si nous donnons à beaucoup
l'illusion de la cible facile,
si nous montrons la fissure
que d’autres peuvent développer.
Nous devons avoir le courage de nous laisser trouver
toujours un peu essoufflé, en désarroi,
hors-jeu, loin de la vie,
en dette d'oxygène, d'amitiés,
loin de tout port sûr,
perdu même pour nous-mêmes.
Franco Arminio, Études sur l'amour

Dobbiamo avere il coraggio di essere fragili,
e non importa se diamo a molti
l'illusione di essere un bersaglio facile,
se mostriamo la crepa
che altri possono sviluppare.
Dobbiamo avere il coraggio di lasciarci trovare
sempre un po' senza fiato, in difficoltà,
fuori gioco, lontani dalla vita,
a corto di ossigeno, di amicizie,
lontani da ogni porto sicuro,
persi persino per noi stessi.

Nous avons besoin de paysans, de poètes, de gens qui savent faire du pain, de gens qui aiment les arbres et reconnaissent le vent.
Il faudrait passer au moins deux heures par jour à l'air libre. Écouter les personnes âgées, les laisser parler de leur vie. Se composer de petites prières personnelles et les utiliser. Exprimer au moins une fois par jour son admiration pour quelqu'un. Prêter attention à ceux qui tombent et les aider à se relever, quels qu'ils soient. Lire des poèmes à haute voix. Faire chanter ceux qui aiment chanter. De cette façon, nous ne serons plus aussi seuls qu'aujourd'hui, nous réapprendrons à sentir la terre sur laquelle nous marchons et à éprouver une sincère sympathie pour toutes les créatures de la création.

Abbiamo bisogno di contadini, di poeti, di gente che sa fare il pane, di gente che ama gli alberi e riconosce il vento.
Bisognerebbe stare all’aria aperta almeno due ore al giorno. Ascoltare gli anziani, lasciare che parlino della loro vita. Costruirsi delle piccole preghiere personali e usarle. Esprimere almeno una volta al giorno ammirazione per qualcuno. Dare attenzione a chi cade e aiutarlo a rialzarsi, chiunque sia. Leggere poesie ad alta voce. Far cantare chi ama cantare.
In questo modo non saremo tanto soli come adesso, impareremo di nuovo a sentire la terra su cui poggiamo i piedi e a provare una sincera simpatia per tutte le creature del creato.

Tout vient de ma mère,
de son désarroi perpétuel,
comme si la vie n'était
jamais vraiment possible,
comme si le moment terrible
rôdait sans cesse.
J'ai absorbé
ce sentiment
comme une radiation durant mon enfance
, et maintenant chaque respiration
est l'oxygène de la peur,
sa lente
et soudaine combustion.
***
Me voici, à lutter contre mon destin,
au sein du noyer sombre qui m'a engendré.
Je suis devenu orateur
, mais mes racines resteront toujours fissurées.
***
Si la vie est entièrement remplie de vie,
elle devient terrible.
De même, l'amour, s'il est entièrement rempli d'amour,
devient terrible.
Et la souffrance,
s'il est entièrement remplie de souffrance,
devient terrible.
Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble maintenant
qu'en mourant, tu peux me donner naissance.

Tutto viene da mia madre
dal suo perenne sgomento
come se la vita non fosse
mai veramente possibile,
come se l’attimo terribile
fosse sempre in agguato.
Ho preso nell’infanzia
questo sentimento
come una radiazione
e ora ogni mio respiro
è l’ossigeno del timore,
la sua lenta
improvvisa combustione.
***
Sono qui che lavoro contro il mio destino
dentro la noce scura che mi ha concepito.
Sono diventato uno che dice
ma resterà sempre una crepa la mia radice.
***
La vita se la riempi tutta con la vita
diventa una cosa terribile.
E pure l’amore se lo riempi tutto con l’amore
diventa terribile.
E pure il soffrire
se lo riempi tutto col soffrire
diventa terribile.
Non so perché ora mi viene in mente
che morendo mi puoi partorire.

Anise Koltz (1928- 2023) « Somnanbule du jour » chez Gallimard

« Dans chaque pierre
Une maison
Rêve d’exister »

« Je traverse un poème
Comme une tempête
Comment me protéger
Contre la violence des mots »

« Chaque matin
après lui avoir brossé les ailes
Je range mon ange gardien
Dans le placard »

Etel Adnan (1925- 2021)
« Le destin va amener les étés sombres » anthologie. Editions Points

« Créer c’est exister »

« Le matin, nos rêves repoussés, il est bon de se promener parmi les tilleuls, les potagers »

« Il faut se construire un soi pour croire qu’il existe »

« Quand on veut regarder la mer, il est souvent préférable de fermer les yeux »

« J’ai jeté ma boussole dans les vagues »

Évasion
Et je serai face à la mer
qui viendra baigner les galets.
Caresses d’eau, de vent et d’air.
Et de lumière. D’immensité.
Et en moi sera le désert.
N’y entrera que ciel léger.
Et je serai face à la mer
qui viendra battre les rochers.
Giflant. Cinglant. Usant la pierre.
Frappant. S’infiltrant. Déchaînée.
Et en moi sera le désert.
N’y entrera ciel tourmenté.
Et je serai face à la mer
statue de chair et cœur de bois.
Et me ferai désert en moi.
Qu’importera l’heure. Sombre ou claire…

Esther Granek, De la pensée aux mots – 1997